ou le voyage dans la roue de médecine

L’été est brûlant et sec. Je retrouve avec un bonheur intense les collines et les chevaux de Niersant. Je sais qu’en secret, la terre ici, porte pour moi une promesse encore cachée.

A nouveau trois jours en pleine nature, durant lesquels la magie reprend ses droits. Tout résonne à l’intérieur de la grande forêt. Je suis en elle. Elle est en moi. Joy, mon premier tambour, veille sur mes nuits étoilées, dans le filet suspendu de la petite tente Igloo. Les messages et les rêves se font plus clairs. Les voyages au son du tambour s’emplissent de sensations et d’images prégnantes.
Trois jours d’un travail attentif et inspiré.

L’odeur du bois et des peaux reste sur mes mains. Tout autour respire dans l’écoute, la présence, le soutien : les gestes méthodiques de la lime, du poinçon, des ciseaux, la chaleur du groupe, le partage des chants, du silence…
Eveillée à l’onde du Bocq et tendue par un vent de sable, la peau du grand cerf épouse parfaitement le cadre de cèdre. Enfant de la Terre et du Feu, mon nouveau compagnon de lumière voit le jour. Cerf-au-Vent vient de naitre. Bientôt sa voix vibre aux pieds des charmeraies.

Au fil du voyage, j’apprivoise mes peurs, j’accepte l’invitation du roi des forêts du Nord, pose mes pas dans les siens pour retrouver mon propre chemin.
Je quitte la terre des chevaux réconciliée avec la vie qui s’encourt et les morts passées ou qui s’en viennent… Prête pour un grand pas en avant.

Tout en portant mon chant, Cerf-au-Vent m’initie à la médecine du cercle.
De retour à la maison, je lis beaucoup. Le chant et le tambour me permettent d’intégrer cette nouvelle réalité, l’imprimer dans mon corps, ma vision. J’apprends.
Petit à petit, je comprends comment avancer plus sereinement, comment tout autour de nous et en nous fonctionne par cycles, de la naissance à la mort, à la renaissance… Comme la graine qui se transforme en jeune pousse, développe son tronc, son feuillage, devient un arbre qui donne des fruits. Fruits qui, matures, tombent au sol, pourrissent et enfouissent dans la terre une nouvelle graine pour que recommence le cycle.
A l’image du disque de sa peau tendue, vibrate, vivante, Cerf-au-Vent m’invite à suivre les cycles qui se présentent à moi, à suivre le mouvement de la vie dans mon corps, à être en harmonie avec moi-même, à l’écoute des besoins de mon cœur et de mon âme.
J’engage avec la vie un pas de deux, entre dans la roue qui tourne. Cerf-au-Vent diffuse sa médecine.

Je suis ma « route rouge ». Le chemin me transforme intérieurement, extérieurement. Pas à pas, je rencontre ma propre « médecine », mon « pouvoir » personnel, ce souffle qui réside en moi depuis le premier jour, qu’il me faut à présent apprivoiser, accepter, développer.

Ainsi, subtilement, à mon rythme, dans l’écoute de mes besoins et des difficultés du moment, le grand cerf me guide au centre de ma propre nature, à ma place, dans la compréhension de ce que je suis. Patiemment, il répète les mêmes signes, m’aide à me situer dans cette rose des vents des « humains qui fleurissent ».
Sa voix ancre mon corps dans ce double lien qui nous unit à la Terre et au Ciel, me conduit, apaisante, vers cette septième direction que nous portons en nous quand nous sommes debout au centre de la roue, en ouverture totale au cœur de nous-même.
Là réside ma « médecine » aujourd’hui : la route est encore longue, les embuches bien présentes, mais je n’avance pas seule et je sais où je vais.
***
La roue de médecine nous vient des traditions et cosmologies amérindiennes. Pour ceux que cela intéresse, je publierai prochainement plusieurs articles à ce sujet.
Bien qu’il ne soit pas toujours facile de concilier ces préceptes avec la vie mouvementée que nous menons en tant qu’Occidentaux très occupés, je m’applique de mon mieux pour suivre le chemin qu’elle propose, car c’est celui qui fait battre mon cœur dans la joie.
SI ce chemin sonne juste pour moi, il chantera peut-être aussi pour vous….

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